Promenez-vous à travers l'histoire

Le village de Marylebone a tiré son nom du Tyburn — le ruisseau qui le traversait en direction de la Tamise et qui continue de couler sous ses rues — et de l'église locale, St Mary. « St Mary’s on the Bourne » est ainsi devenu « St Marylebone ».

XVIIIe siècle XIXe siècle XXe siècle

XVIIIe siècle

C'est sur une carte de 1708, réalisée pour John Austen — seigneur du manoir de Marylebone —, que l'on découvre pour la première fois le véritable visage du village de Marylebone. L'église Sainte-Marie (St Mary), construite en 1400, se trouvait un peu plus bas sur la rue principale par rapport à son emplacement actuel (son site est aujourd'hui délimité dans le jardin « Old Church Garden ») et s'avérait trop petite pour une paroisse en pleine expansion. Au début du XVIIIe siècle, le manoir (situé à l'emplacement actuel de The Conran Shop) abritait une école française destinée aux huguenots qui, fuyant les persécutions, s'étaient installés à Londres. Bien que le village ne comptât qu'une seule église, il s'enorgueillissait de deux auberges — *The Rose* et *The Kings Arms* — disposant chacune de son propre terrain de boules. Les champs environnants abritaient des carrières d'argile et des briqueteries, confirmant ainsi que Marylebone s'apparentait davantage à une périphérie londonienne qu'à un village rural.

En 1711, John Austen vendit son domaine au duc de Newcastle pour la somme dérisoire de 17 000 livres sterling. En l'espace de dix ans, des plans furent élaborés pour aménager l'ensemble du quartier, en commençant par Cavendish Square pour progresser ensuite vers le nord. La plupart des nouvelles rues prirent le nom des familles élargies des propriétaires du domaine : Cavendish, Bentinck, Harley, Portland. Le domaine passa entre les mains de plusieurs héritières successives, et son nom changea au gré de ces transmissions : Newcastle, puis Oxford-Harley, Portland et enfin Howard de Walden.

Marylebone devint un lieu de résidence et de visite très prisé. Avant le début des travaux de réaménagement, les terrains de boules avaient été transformés en jardins d'agrément destinés à rivaliser avec ceux de Vauxhall. Ces jardins attiraient des visiteurs venus de tout Londres pour assister à des concerts et à des feux d'artifice ; musiciens et compositeurs y vivaient et y travaillaient. Ils fermèrent leurs portes dans les années 1770, alors qu'ils se retrouvaient enserrés par de nouvelles constructions dont les habitants se plaignaient du bruit et des nuisances ou risques perçus. À proximité, en 1738, John Castles créa une grotte ornée de coquillages ; ouverte au public comme attraction touristique, elle suscita même l'intérêt de la famille royale. Aujourd'hui, son souvenir perdure dans le nom de la rue Grotto Passage.

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Le manoir, que le roi transforma en pavillon de chasse, devint par la suite une école ; il est représenté ici en 1790, peu avant sa démolition.

XIXe siècle

À la fin du XVIIIe siècle, la rue principale a pris l'allure de l'actuelle Marylebone High Street, bordée de boutiques et de maisons. Le domaine Portland (Portland Estate) concédait des terrains via des baux de 99 ans, sur lesquels divers constructeurs bâtissaient selon des plans approuvés par le domaine. Il en résulta une grande diversité de bâtiments en termes de style, de taille et d'usage. Parmi les artisans et commerçants présents, on comptait un apothicaire, un boulanger, un batteur d'or, un coiffeur, un cordonnier et un horloger. Outre les immeubles réalisés par des promoteurs privés, d'autres furent construits dans l'intérêt public, tels que l'hospice pour indigents (workhouse), des écoles et un commissariat de police ouvert en 1821.

Si la paroisse de Marylebone comptait parmi ses habitants des personnes riches et en vue, elle connaissait aussi son lot de pauvreté, de sans-abri et de problèmes connexes. Après sa fermeture, le quartier des Marylebone Gardens sombra dans l'insalubrité, devenant un refuge pour les plus démunis et les plus vulnérables, tout en attirant mendiants et criminels. À partir des années 1860, des réformatrices de l'époque victorienne, comme Octavia Hill et Lady Howard de Walden, entreprirent de réhabiliter les logements situés autour de Grotto Passage et de Paradise Street — une rue bien mal nommée — en créant ce qui s'apparentait à des logements sociaux ; certains de ces bâtiments subsistent encore aujourd'hui. Une école gratuite pour enfants pauvres (dite « ragged school ») fut construite en 1846, et des clubs destinés aux pauvres et aux sans-abri virent le jour.

Les baux de 99 ans des commerces de Marylebone arrivèrent à échéance entre le milieu et la fin du XIXe siècle ; de nombreuses propriétés furent alors modernisées ou entièrement reconstruites. Le domaine Portland cherchait à regrouper de petites parcelles pour former des ensembles plus vastes, associant des magasins spacieux à des appartements situés aux étages supérieurs — des exemples que l'on peut encore observer aujourd'hui. Ces aménagements reflétaient souvent l'évolution des habitudes de consommation : sur Marylebone High Street, le grand magasin de vêtements Gaylor and Pope ouvrit ses portes aux numéros 111-118 en 1857, Sainsbury’s s'installa au numéro 99 en 1916, et une librairie spécialisée ouvrit au numéro 83 en 1883. D'autres bâtiments furent également transformés, comme l'ancienne taverne « Rose », qui devint le Marylebone Music Hall (aujourd'hui situé au 33 Marylebone High Street).

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La librairie ouverte en 1883 perdure sous le nom de Daunt Books, au même emplacement.

XXe siècle

À partir du milieu du XIXe siècle, Harley Street est devenue un pôle pour les spécialistes médicaux ; médecins et chirurgiens y ont été attirés par la facilité d’accès, une clientèle toute prête et la proximité de plusieurs hôpitaux. Dans les années 1860, on y dénombrait environ une douzaine de cabinets privés ; en 2006, ce nombre dépassait les 1 500. À l’origine, le rez-de-chaussée était généralement réservé à l’activité médicale, tandis que la famille du médecin logeait aux étages supérieurs. La présence de ces médecins a, par la suite, attiré d’autres professionnels de santé — opticiens, pharmaciens, dentistes et thérapeutes — qui se sont installés dans les rues avoisinantes.

Les bombardements de Londres durant la Seconde Guerre mondiale ont durement frappé le quartier de Marylebone. Le côté est de l’artère principale a été gravement touché, tout comme certaines parties de Harley Street. Des démolitions et des reconstructions ont suivi, malgré les difficultés rencontrées pour obtenir des permis de construire et la menace d’une nouvelle voie périphérique qui aurait traversé l’artère principale. La priorité a été donnée au logement, tandis que la rénovation des commerces existants a été mise en attente. Les terrains dégagés par les démolitions ont été transformés en parkings ; quant au site situé près de Moxon Street, initialement réservé à la construction d’une école, il est resté inoccupé pendant des décennies. À partir des années 1950, de nouveaux bâtiments, reflétant les styles modernistes de l’après-guerre, ont vu le jour.

Malgré les efforts répétés pour redynamiser l’artère principale durant l’après-guerre, de nombreux locaux commerciaux étaient, au milieu des années 1990, soit inoccupés, soit occupés par des boutiques caritatives. Puis, sous l’impulsion d’une nouvelle stratégie définie par le domaine « The Howard de Walden Estate », deux enseignes à la fois élégantes et fonctionnelles se sont installées dans le quartier : « The Conran Shop », à une extrémité de la rue, et « Waitrose », vers l’autre extrémité. Dans leur sillage, des mesures ciblées ont été prises pour favoriser l’implantation de boutiques indépendantes et de restaurants originaux, insufflant ainsi une nouvelle vie aux rues commerçantes. Marylebone Village était alors renaissant.

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Plan d'élévation de la pharmacie Boots, 1931